
De 2016 à 2018, je réalisais une série de peintures intitulée : « Toutes des Déesses ». Déjà, à l’époque je m'étais inspirée de la mythologie pour dire aux femmes : « Vous aussi, vous êtes des déesses ! Indépendamment de votre statut de mère de famille, d’employée, de patronne, de compagne. Vous aussi vous êtes mieux qu’un conditionnement social ! »
En 2023, je me sens perdue. Je compose mon quotidien, l’adapte pour m’ajuster à ce qui est socialement acceptable. Par moments, je m’oublie. Mes colères sont taxées d’hystérie, mes peurs perçues comme un besoin de contrôle insupportable, mes doutes encouragés et mes certitudes balayées. Ma Confiance en moi est reléguée au rang d’orgueil et de prétention. On me dit instable, colérique, socialement inadaptée, masculine, psychorigide et contrôlante. On me demande de « lâcher prise ». Néanmoins la notion reste abstraite. Un jour de frustration, de syndrome prémenstruel difficilement gérable et de solitude, je suis en train de faire quelques longueurs dans une piscine et je me mets au défi d’en faire un certain nombre. Mon corps n’est pas habitué à faire du sport. Pendant que je réalise mon challenge, mue par une certaine fatigue physique et psychologique, une image m’apparaît. Une femme à tête de lionne. A chaque brasse elle m’attend au bout de la margelle. Elle m’encourage sans mots, seule sa présence m’aide à persévérer. C’est la première fois que je rencontre Sekhmet. Elle reviendra me voir ensuite, au travers d’un miroir, s’imbriquant dans mon propre reflet ou encore dans un rêve. Elle s’impose à moi dès qu’il me faut une force de lionne. C’est alors que je décide de la figer dans la matière et de produire un dessin, dans un médaillon qui peut évoquer un miroir, un œuf ou encore un ventre. Sa gueule rugit et ses pieds sont ancrés dans un sol de crânes humains qui me semble être la représentation du virilisme patriarcal que je rêve de voir écrasé. Sekhmet m’a permise de retrouver de la force dans les moments où mon feu semblait vouloir s’éteindre. Puis, je me suis demandé : « et si je n’étais pas la seule ? D’autres femmes ressentent peut-être la même chose que moi ? »
Alors, j’ai produit d’autres dessins. J’ai fait plus de recherches sur les mythes à travers le monde, pour qu’elles nous représentent toutes.
J’ai commencé cette série pour moi et je la continue pour nous.
En chacune de nous sommeille une déesse qui tend à se déployer pour nous accompagner, elles font résonner en nous notre puissance divine, nos rayonnements, notre force, notre douceur.
Elles représentent toute votre beauté, toute l’ambiguïté, toute la magie qui vous habite.
Nous sommes les filles des sorcières qui n’ont pas été brûlées*
Nous sommes divines mes sœurs! Et quand on vit en patriarcat, c’est un acte politique que de s’affirmer.
* slogan féministe.